La philanthropie : effet boomerang ? 1


« Philanthopie :
Amour de l’ humanité.
Tendance à vouloir le bien des hommes. »

D’accord. Et le pognon dans tout ça ?


 

 

La fondation Bill et Melinda Gates

 

À l’occasion de la parution de la lettre ouverte annuelle de leur fondation, Bill et Melinda Gates ont donné le mois dernier (janvier 2015) une interview à Katie Couric de Yahoo News, qui m’a fait me poser des questions.

 


L’interview de Bill et Melinda Gates à Katie Couric en janvier 2015

 

Vous n’avez pas le temps de regarder la vidéo  ? Qu’à cela ne tienne, voici un résumé de l’essentiel :

  • Les conditions de vie des citoyens des pays pauvres vont s’améliorer plus rapidement dans les quinze prochaines années qu’à n’importe quelle autre époque de l’Histoire, grâce aux innovations (technologiques) et à l’attention que porte le monde à des problématiques telles que la réduction de la mortalité infantile.
  • Parmi ces innovations, il y a d’abord les vaccins, qui ont déjà permis de réduire de 50% la mortalité infantile ces vingt-cinq dernières années.
  • Autre progrès technologique, pour l’agriculture cette fois : avoir des graines qui résistent à la sècheresse et aux variations climatiques améliore de 20 à 30% le rendement d’une ferme. Ce qui permet non seulement de nourrir une famille, mais aussi de vendre les excédents sur le marché, finançant ainsi l’achat d’aliments plus nutritifs, ou l’éducation des enfants.
  • Outre les innovations, la diffusion de pratiques simples d’hygiène et de soins aux bébés, dans le respect des cultures locales, contribue largement à diminuer la mortalité infantile. La multiplication des dispensaires aide quant à elle à réduire la mortalité maternelle lors des accouchements.
  • Parmi les innovations technologiques l’ « OmniProcessor », une grosse machine qui permet de transformer les excréments en eau potable. (On voit Bill boire l’eau qui sort de la machine, mais Katie Couric fait une grimace dégoûtée ; Bill lui rappelle alors que l’eau que nous buvons dans les pays développés est aussi de l’eau traitée !)
L'OmniProcessor

L’OmniProcessor, qui transforme les excréments en eau potable.

 

  • Un tiers de la population mondiale n’a pas accès à des toilettes. À travers l’initiative Grand Challenge, la fondation a alloué des millions de dollars à la recherche pour des toilettes high tech (sans chasse d’eau et canalisations), mais a été critiquée car ces toilettes sont justement trop high tech et trop chères. Melinda rappelle que ce ne sont encore que des prototypes, et Bill précise que l’objectif de prix est justement très bas.
  • Grand Challenge travaille également sur des améliorations spécifiques aux femmes, en particulier la mise au point de nouvelles serviettes hygiéniques à bas prix, fabriquées avec des produits locaux, qui permettent aux filles de ne plus manquer l’école ; ceci avec des techniques applicables à d’autres industries, comme la fabrication de carton, et qui contribuent à créer des emplois.
  • Grand Challenge finance aussi la recherche sur les vaccins, car quand vous êtes confronté à quatre ou cinq épisodes de malaria chaque année, vous ne pouvez pas participer à l’économie.
  • En parlant d’économie : en 2016, les 1% les plus riches détiendront 50% de la richesse mondiale. La philanthropie, où ceux qui sont aisés utilisent une bonne part de leur fortune pour soutenir des causes comme l’amélioration de la santé ou de l’éducation, est une façon de réduire ces inégalités. Mais les discussions politiques sont utiles aussi ; on prend de plus en plus conscience de cette situation. La philanthropie permet également de prendre des risques dans certains domaines, qui ne seraient pas pris autrement. Elle permet de lancer des projets, mais les gouvernements doivent ensuite s’impliquer.
  • Il est important aussi de donner aux femmes l’égalité, et l’autonomie. Si une jeune fille prolonge ses études, elle a des enfants plus tard, elle a moins d’enfants, et ils ont un taux de mortalité deux fois plus faible. Il faut prendre en compte l’autonomie en matière de santé, de prise de décision, et de participation à l’économie. Quand on leur donne cette chance, elles peuvent la réinvestir dans leur famille. Cela pousse vers le haut leurs familles, la communauté, et tôt ou tard l’économie. Melinda nous explique d’ailleurs que c’est quand les gouvernements voient l’impact des mesures de santé et d’éducation sur leur PIB qu’ils prennent conscience de leur importance…
  • Toujours en parlant d’économie, d’ici 2030, deux millions de personnes qui n’ont actuellement pas de compte bancaire pourront épargner et payer grâce à un téléphone portable. Les banques actuelles ne sont pas équipées pour gérer les micro-transactions, mais le concept de banque mobile permet de le faire à moindre coût. Les gens pourront ainsi épargner, et emprunter pour acheter des graines ou pour payer les frais de scolarité de leurs enfants.
"Les téléphones portables vont apporter la banque mobile jusque dans les zones les plus reculées"

« Les téléphones portables vont apporter la banque mobile jusque dans les zones les plus reculées »

  • L’entretien se termine par la conclusion de Bill sur les changements qu’il attend le plus pour les dix prochaines années : « Quand vous améliorez l’éducation, ce n’est pas juste bénéfique à l’éducation ; ça permet d’utiliser tout le potentiel humain de ces enfants qui ne pourraient pas contribuer à l’innovation, et ça attire tous les cerveaux de la planète. Donc en résolvant tous les problèmes de base de santé et de malnutrition, en bâtissant des systèmes éducatifs, notre potentiel humain nous fera avancer » ; et la conclusion de Melinda : les enfants du monde entier auront de plus en plus accès à l’éducation, il y a de plus en plus de téléphones portables et d’ordinateurs dans les pays en développement, les outils numériques se répandent et vont se démocratiser.

 

 

On ne peut que louer le travail de la fondation de Bill et Melinda Gates, qui se focalise tout autant sur les pratiques de soins primaires que sur les progrès à long terme, éducation et autonomisation des populations les plus pauvres, notamment en Afrique et en Inde.

Cependant, cette interview me provoque les réflexions suivantes :

D’autres organisations font la même chose, et pour beaucoup moins cher ; pourquoi ?
La fondation Bill et Melinda Gates apporte dans les pays pauvres le modèle économique capitaliste ; pourquoi ?

 

Il existe certainement des centaines ou même des milliers d’ONG dans le monde, mais mon attention avait été attirée il y a quelques mois sur deux initiatives personnelles, qui se trouvent être toutes deux en Inde :

 

Bindeshwar Pathak et les toilettes des intouchables

En 1968, les études de sociologie de Bindeshwar Pathak l’amènent à prendre conscience des conditions de vie dramatiques des intouchables. Les intouchables sont depuis des millénaires chargés des plus basses tâches de la société indienne, dont celle de nettoyer à mains nues les excréments de toilettes hors d’âge. De plus, 3 personnes sur 4 n’ont pas accès à des sanitaires en Inde. Les femmes vont dans la nature, la nuit pour ne pas être vues ; et on sait ce qui arrive aux femmes la nuit dans la nature en Inde (je ne parle pas seulement des morsures de serpents). Devant cette situation intolérable, qui cause la mort de 500  000 personnes chaque année, Bindeshwar Pathak décide d’agir.

Il demande des subventions, on les lui refuse. C’est donc seul et sans argent qu’il invente un procédé permettant d’installer partout des toilettes écologiques : une chasse d’eau utilisant seulement 1,5 l d’eau, et deux cuves permettant de transformer les excréments en engrais naturel.

Il crée alors l’association Sulabh International, qui à ce jour a installé 1,3 millions de toilettes privées, pour un coût entre 15 et 1000 dollars selon les revenus du demandeur, et plus de 8000 toilettes publiques, accessibles par un abonnement de 1 dollar par mois et gratuites pour les intouchables, les femmes et les enfants.

Le gouvernement indien a par ailleurs installé 54 millions de toilettes sur ce type. En effet, Bindeshwar Pathak n’a jamais voulu breveter son invention et la laisse en « open source » ; il encourage même les entrepreneurs qui le souhaitent à s’engager dans cette activité très rentable, l’essentiel à ses yeux étant le développement de l’accès aux sanitaires pour tous, et la disparition du statut d’intouchable.

L’association de Bindeshwar Pathak, qui ne reçoit toujours aucune subvention, engrange aujourd’hui 80 millions de dollars de recettes par an. Elle a construit un centre de soins, ainsi qu’une école pour 1500 enfants d’intouchables. Tous les revenus sont réinjectés dans des projets sociaux. Elle s’étend maintenant en Afghanistan et dans 15 pays d’Afrique.

 


Une présentation de l’activité de Bindeshwar Pathak (et son musée des toilettes)

 

« En Inde, la plupart des gens n’ont pas de toilettes. Ils font leurs besoins à l’air libre. Les lieux publics n’ont pas de toilettes publiques, et les intouchables nettoient les excréments des autres. Ils subissent toutes sortes d’humiliations et d’insultes. C’est pour cela que j’ai choisi ce projet, car c’était le rêve du Mahatma Gandhi. »

« Dans deux villes du Rajasthan, j’ai réussi. J’ai montré à la société. La condition d’intouchable n’existe plus dans ces deux villes. »

« L’éducation est la clé du développement humain. C’est pour cela qu’on leur offre une formation pratique et théorique, pour qu’ils puissent gagner leur vie et être indépendants. »

« Sanitation is my religion »

L’association s’attaque maintenant au problème des veuves de Vrindavan, ville natale de Krishna, ville sacrée aux centaines de temples, où se réfugient dans une misère absolue et sordide des veuves de toute l’Inde, bannies de leurs familles depuis l’interdiction de la Satī (le sacrifice des veuves sur le bûcher de leur mari, souvenez-vous du Tour du Monde en 80 jours).

Bindeshwar Pathak a reçu une cinquantaines de récompenses, indiennes ou internationales, pour son action (dont un « Légende de la planète » au congrès fondateur des Jeux Écologiques à Paris en 2013, dont je serais presque jalouse), mais je trouve le cas suivant encore plus impressionnant.

 

Arunachalam Muruganantham et les serviettes hygiéniques de sa femme

En 1998, Arunachalam Muruganantham vit sous le seuil de pauvreté. C’est en constatant que sa femme doit faire le choix, dans son budget, entre serviettes hygiéniques ou nourriture, qu’il décide que quelque chose doit être fait.. Après quatre années de tests difficiles (le sujet est tabou en Inde), seul et sans argent, il met au point une machine permettant aux femmes de fabriquer et vendre des serviettes hygiéniques à moindre coût.

En Inde en 2010, seules 12% des femmes utilisent une protection hygiénique… hygiénique, les autres utilisant de vieux chiffons (mal désinfectés), des chiffons de tissus synthétique (pire), du papier journal, des feuilles d’arbre, de la sciure, de la boue, du sable, toutes pratiques induisant des infections gynécologiques ; et 23% des jeunes filles arrêtent l’école quand elles ont leurs règles.

L’invention de M. Muruganantham permet de vendre des serviettes hygiéniques à 10 roupies le paquet au lieu de 30 roupies pour les marques multinationales. Et comme la vente est locale, certaines acheteuses font même du troc, contre des oignons ou des pommes de terre.

Les femmes des régions rurales se regroupent pour acheter la machine grâce à des micro-crédits ou l’aide d’ONG ; ainsi en 2012 ce sont 600 machines qui étaient actives en Inde et dans six autres pays, procurant confort, hygiène, et emploi rémunéré à des milliers de femmes. 112 autres pays étaient intéressés par cette machine. En 2014, le nombre de machines installées était passé à 1300.

 


Fabrication et vente de serviettes hygiéniques en Inde grâce à la machine d’Arunachalam Muruganantham
(en anglais, mais les images parlent d’elles-mêmes)

 

Arunachalam Muruganantham a breveté sa machine, mais il a toujours refusé de vendre le concept :

« Je n’ai jamais fait ça. J’y ai renoncé juste comme ça, parce que si on le fait, si tout le monde court après l’argent, la vie n’aura aucune beauté. Ce serait d’un ennui mortel. Beaucoup de gens gagnent beaucoup d’argent, des milliards, ils accumulent des milliards de dollars. Pourquoi à la fin en reviennent-ils toujours à la philanthropie ? Quel est ce besoin d’accumuler de l’argent, puis de s’adonner à la philanthropie ? Et si on décidait de commencer la philanthropie dès le premier jour ?

Je tiens bon depuis maintenant sept ans face aux multinationales, aux géants transnationaux ; de quoi transformer tous les étudiants de MBA en points d’interrogation.  Un gars en échec scolaire venu de Coimbatore, comment fait-il pour tenir bon ? »

 

« Ma plus grande fierté dans cette aventure n’a pas été de recevoir un prix des mains de la présidente, mais de revenir dans un village de l’Uttarakhand où j’avais installé une machine huit mois plus tôt, et de voir que, pour la première fois, les filles des villageoises qui fabriquaient des serviettes allaient à l’école. »

 

Arunachalam vit maintenant dans un petit appartement et possède une jeep, mais ne désire pas accumuler les possessions.

« Je n’ai pas accumulé d’argent, mais j’ai accumulé beaucoup de bonheur. Si vous devenez riche, vous avez un appartement avec des chambres inutilisées — et puis vous mourez. »

 

Voilà un philanthrope.

La réponse à la question qu’il se pose, « Quel est ce besoin d’accumuler de l’argent, puis de s’adonner à la philanthropie ? » est donnée par la théorie de la motivation d’Abraham Maslow.

La pyramide des besoins : théorie de la motivation par Abraham Maslow

D’après la théorie de la motivation du psychologue Abraham Maslow, les besoins qu’un individu doit satisfaire peuvent être schématisés en cinq catégories et suivent une hiérarchie, un besoin supérieur n’apparaissant que lorsqu’un besoin inférieur est au moins en partie comblé.

  Pyramide des besoins selon Abraham Maslow 

Les premiers besoins à combler sont évidemment les besoins vitaux primaires.

En deuxième, le besoin de sécurité, héritage atavique de nos ancêtres préhistoriques pour qui on comprend bien l’importance d’un environnement sûr ; ou même chez nos aïeux plus proches on devine les différentes émotions ressenties devant un grenier plein, ou un grenier vide, au début de l’hiver. De nos jours encore, une période de chômage ou sa perspective peuvent être la cause d’un stress immense, dans la mesure où la baisse du revenu peut conduire à ne plus pouvoir combler les besoins premiers. Dans ce sens, l’accumulation d’argent répond certainement d’abord à ce besoin de sécurité quasiment vital.

Viennent ensuite les besoins plus psychologiques à mon sens, et liés à la collectivité : besoin d’appartenance/amour et besoin de reconnaissance/estime (je me permets ici de dire qu’à mon avis ces deux besoins-là n’en font qu’un, mais nous n’allons pas entamer un débat sur ce sujet aujourd’hui). L’accumulation d’argent peut également répondre à ce besoin de reconnaissance. De tous temps, l’Homme a cherché à accumuler des richesses bien au-delà de ses besoins vitaux ou de sécurité. Une belle voiture, par exemple, répond à un besoin de reconnaissance, quand une voiture ordinaire suffit pour satisfaire le besoin de se transporter. Cependant, une belle voiture et une accumulation de richesses servent aussi à attirer la plus belle femelle, ce qui répond au besoin vital de la reproduction (je compare souvent l’espèce humaine aux bousiers, ces insectes qui accumulent des boulettes de bouse les plus grosses possible). Mais une belle femelle comble également le besoin de reconnaissance !
Les besoins sont donc fluctuants, complexes et relativement variables d’un individu à l’autre (nous n’avons pas les mêmes valeurs…).

En dernier, quand tous les autres besoins sont satisfaits, quand les besoins vitaux ne sont plus un problème, quand la sécurité est assurée et la reconnaissance acquise, que reste-t-il ? Eh bien, il reste la vie. La liberté. L’accomplissement de soi. La recherche du bonheur pur, de la sagesse. La philanthropie répond à ce besoin.

On voit bien cependant que certains individus bouleversent totalement la pyramide, plaçant la recherche de cet absolu bien avant tout autre besoin. Bindeshwar Pathak, Arunachalam Muruganantham, mais aussi Mère Teresa pour ne citer qu’elle, ont défié les quolibets, la pauvreté et l’insécurité, la désaffection familiale (la femme d’Arunachalam l’a quitté à cause de son action), pour poursuivre le but ultime qui leur a procuré le bonheur.

Mais la majorité suit le chemin traditionnel décrit par Arunachalam et Maslow : d’abord l’argent, puis la philanthropie.

On peut d’ailleurs se demander si dans certains cas la philanthropie ne répond pas, encore, au stade précédent, le besoin de reconnaissance, ou même à celui d’avant : l’accumulation…

 

La fondation la plus riche du monde

Non seulement Bill Gates est l’homme le plus riche du monde, mais sa fondation est également la plus riche du monde.

Un peu de gros chiffres :
Depuis sa création, la Fondation a reçu 43,5 milliards de dollars de dons.
Elle a distribué 32,9 milliards de dollars de subventions.

Le principe d’une association de ce type est de posséder un capital, et de financer son activité grâce aux revenus de ce capital. Le capital de la Fondation (partie Trust) s’élève à 40 milliards de dollars fin 2013.

Revenus du capital  : 4 à 5 milliards de dollars par an
Dons de Bill Gates (*) : environ 1,3 milliards de dollars par an
Dons de Warren Buffet (**) : environ 1,7 milliards de dollars par an

(*) Bill Gates s’est engagé à verser 95% de sa fortune (76 milliards de dollars) à sa fondation.
(**) Warren Buffet, le deuxième homme le plus riche des États-unis, s’est engagé à faire don de 80% de sa fortune (58 milliards de dollars) à la Fondation Bill & Melinda Gates.
Les Gates et Warren Buffet ont lancé The Giving Pledge (la promesse de don), une campagne incitant les milliardaires du monde entier à s’engager à donner au minimum la moitié de leur fortune à des œuvres caritatives de leur choix, durant leur vie ou à leur décès. 128 milliardaires ont signé l’accord à ce jour.

Subventions versées en 2014 : 3,9 milliards de dollars.
Les subventions concernent principalement des campagnes de vaccinations et de soins., ainsi que des aides aux étudiants américains. (je dois avouer ici que je n’ai pas lu la totalité des 900 pages de la déclaration officielle des dons de l’année. Au bout de 60 pages à traquer les gros chiffres, j’ai constaté que le résumé du site avait l’air cohérent, et j’ai décidé de le croire sur parole. Je sais, c’est du travail bâclé…)

Vous aurez noté que le total des revenus excède de quelques milliards le montant des versements. Hormis les frais (salaires, etc…), le reste est réinvesti dans le capital, qui augmente d’année en année. (Alors, ce besoin d’accumulation, Bill ?)

Parmi tous ces milliards de dollars dépensés (fort utilement) pour la santé ou l’éducation, pourquoi encore dépenser quelques millions dans la recherche pour des toilettes high tech ou des serviettes hygiéniques à bas coût, alors que des solutions existent déjà ?
… Parce qu’ils ont tellement d’argent qu’ils ne savent plus quoi en faire ?
… Parce qu’ils ignorent avec mépris les avancées des autres organisations ?
… Parce qu’ils donnent de l’argent à n’importe qui leur en demande ? (*)
… Parce qu’ils veulent obtenir le monopôle du domaine caritatif ?
… Un petit peu de tout ça ?

(*) (By the way, Bill, if you ever read me, would it bother you to give me 2 or 3, I mean 10 million dollars ? My purpose with this blog is to awake humanity’s consciousness, so it’s highly philanthropical, you know. Thanks. Hi to Melinda.)

 

Est-ce le même manque de discernement qui leur fait vouloir implanter dans les pays pauvres un système bancaire qui a déjà donné la preuve de sa défaillance dans les pays riches ?

 

Le modèle économique capitaliste appliqué aux pays pauvres

Les priorités de la Fondation Bill & Melinda Gates, définies dans sa lettre annuelle 2015 :

Un : Santé
Deux : Agriculture
Trois : Services bancaires
Quatre : Éducation

 

"La banque mobile va transformer la vie des pauvres"

« La banque mobile va transformer la vie des pauvres »

 

La Banque Mondiale estime que 2,5 milliards de personnes dans le monde n’ont pas de compte bancaire.
On l’a vu dans le cas de la machine à fabriquer les serviettes hygiéniques d’Arunachalam Muruganantham, l’emprunt peut être nécessaire au développement d’une activité.

Mais les dérives et les dangers des services bancaires ne sont plus à prouver.
Bill et Melinda nous expliquent que les gens qui n’ont pas de compte bancaire gardent leurs économies chez eux, en bijoux ou en bétail qui peuvent perdre leur valeur, et prônent l’épargne en banque. Est-ce réellement plus sûr ? Faut-il rappeler les millions de petits épargnants américains qui ont tout perdu dans les krachs boursiers de 1929 ou 2008 ? Faut-il également rappeler les millions d’autres personnes poussées au surendettement par des banques peu scrupuleuses ? Est-ce cela qu’il faut exporter dans les pays pauvres ?

Pourquoi ne pas plutôt réfléchir à une nouvelle façon de faire, inventer une nouvelle économie ?
Pourquoi les milliards de la Fondation Bill & Melinda Gates ne seraient-ils pas utilisés à offrir des micro-crédits gratuits réservés à entrepreneuriat, l’éducation, l’agriculture, par exemple ?
Si la Fondation dépense des millions pour inventer des toilettes high tech et des systèmes d’assainissement de l’eau, ne peut-elle pas financer des recherches dans le domaine économique ? Voilà qui pourrait améliorer vraiment le monde…

Ce qui me choque dans le discours de Melinda Gates (plus que dans celui de Bill), ce sont les termes économiques, nombreux, qui renvoient à notre économie, dont on sait qu’elle est en faillite. « Participer à l’économie, PIB, épargner, créer des emplois… » Melinda Gates est diplômée en Sciences Économiques. Est-elle trop accrochée à une vision traditionnelle de l’économie pour pour arriver à voir les choses autrement ?

Sur la banque mobile, on peut lire dans la lettre annuelle de la Fondation :

« Au Bangladesh, l’entreprise de services financiers qui enregistre la croissance la plus spectaculaire s’appelle bKash, prestataire de services financiers mobiles. Moins de quatre ans après sa création, bKash traite environ deux millions de transactions par jour, dont la valeur mensuelle totale approche le milliard de dollars. »

La société bKash n’est pas une banque. C’est une entreprise qui offre un service financier, mais qui appartient à une ONG, et dont la Fondation Bill & Melinda Gates est actionnaire minoritaire. Une lueur d’espoir, donc.
Mais le Bangladesh semble une exception. Au Kenya, en Inde, en Ouganda, ce sont bel et bien les opérateurs téléphoniques et les banques qui bataillent pour s’approprier le marché (visiblement juteux) que représente la banque mobile. L’objectif d’une banque commerciale n’est pas, n’a jamais été, et ne sera jamais la philanthropie.

Lu sur Les Echos :

« Une étude réalisée conjointement par la Banque Mondiale, la London Business School et le cabinet Deloitte affirme qu’à chaque fois que l’on rajoute 10 téléphones mobile dans une population de cent Africains, le PIB du pays progresse dans une proportion comprise entre 0,6 et 1,2 %. »

N’y a-t-il rien d’autre dans la vie qui vaille le coup, que la course au PIB ?

Quand on jette un coup d’œil à la liste des investissements en capital de la Fondation, on voit vite les gros montants : Macdonald, Coca Cola, Walmart (réseau de supermarchés, l’équivalent de Carrefour), la banque HSBC… (Des valeurs sûres !)
Si réellement la Fondation veut implanter les banques dans les pays pauvres, devinez ce qui viendra ensuite…
Est-ce cela, le Nouvel Ordre Mondial ?

Le rêve que chaque personne dans le monde ait un compte bancaire a-t-il supplanté dans le cœur de Bill celui de voir chacun disposer d’un ordinateur ? Pas si sûr…

 

Un smartphone pour tous

L’éducation est primordiale pour l’acquisition de l’autonomie, tout le monde est d’accord sur ce point.
Malheureusement, l’accès à l’éducation reste difficile dans beaucoup de pays, particulièrement pour les filles. Que ce soient les religions, les traditions, le financement, la distance, les menstruations ou les tâches ménagères, les raisons ne manquent pas pour écarter les filles des écoles.


« Lorsqu’on investit dans les femmes et les filles, on peut faire une différence »

 

La Fondation Bill & Melinda Gates veut favoriser le développement de logiciels de cours gratuits dans tous les domaines, de l’alphabétisation des enfants jusqu’aux formations professionnelles, projet encore une fois louable.

Psychologie de comptoir : Melinda Gates, avant d’épouser Bill, était responsable marketing chez Microsoft, puis directrice générale branche de la multimédia, qui développait l’encyclopédie Encarta, laquelle a sombré devant le succès de Wikipédia. Melinda a-t-elle une revanche à prendre dans le domaine de l’éducation gratuite ?
Et surtout, est-elle encore impliquée dans le marketing de Microsoft ?

Car dans les pays pauvres, même s’il y a déjà beaucoup de téléphones (57% de la population du Bangladesh possède un téléphone portable), il y a encore peu de tablettes ou de smartphones. Cette situation est forcément amenée à évoluer.
Quand les gens sont moins pauvres, ils achètent davantage d’objets technologiques et numériques.
Et qui donc équipe les systèmes d’exploitation, les logiciels, les plateformes de jeux de toutes ces machines, si ce n’est Google, Apple ou… Microsoft ? (dont Bill est encore l’actionnaire n°2)

Ainsi, en aidant les pauvres à sortir de la pauvreté, la Fondation crée incidemment des clients potentiels pour l’entreprise de son patron.
Autrement dit, les bienfaits de la philanthropie reviendraient-ils vers le philanthrope, dans une sorte d’effet boomerang ?

Ou bien c’est moi qui ai l’esprit mal tourné…

 

Les vrais héros

Quand j’ai commencé à écrire cet article, je pensais que les seuls vrais philanthropes, au sens de l’amour de l’humanité, étaient ces anonymes qui se battent seuls et sans argent pour monter un projet auquel personne ne croit, et qui s’avère une bénédiction.
Et puis, j’ai appris à apprécier une grande partie de l’action de Bill et Melinda, qui, quoi qu’on puisse en dire, consacrent leur fortune à ce qu’ils pensent être le bien. Ils n’essaient certes pas de changer le monde dans sa globalité, de gommer les défauts de notre société de consommation dominée par les banques, mais je les crois sincères dans leur désir d’améliorer les conditions de vies de milliards de personnes qui n’ont pas accès aux soins, à l’éducation, à l’alimentation les plus basiques.
Quelles que soient les motivations de Bill et Melinda, besoin de reconnaissance ou accomplissement de soi, le résultat reste le même.
Cependant, qu’ils n’en attendent rien en retour, car comme le disait la maman de Mère Teresa :

« Quand vous faites du bien, faites-le comme une pierre que vous jetez à la mer ».

 

Les vrais héros dans mon cœur restent malgré tout les Bindeshwar, les Arunachalam, les Teresa, qui donnent leur âme plutôt que leur argent. Eux parlent de rêve et d’amour. Eux ont trouvé le bonheur.

Mais ai-je bien tout compris ?

 

 

 

Sources :

Sur la Fondation Bill & Melinda Gates :
http://content.time.com/time/specials/2007/time100powergivers/article/0,28804,1616375_1615711_1615675,00.html
http://fr.wikipedia.org/wiki/Fondation_Bill-et-Melinda-Gates
L’interview présente dans cette article :
https://fr.news.yahoo.com/video/bill-et-melinda-gates-un-173040120.html
Le site de la Fondation, en français :
http://www.gatesfoundation.org/fr
Les chiffres de la Fondation, en français :
http://www.gatesfoundation.org/fr/Who-We-Are/General-Information/Foundation-Factsheet
http://www.gatesfoundation.org/fr/Who-We-Are/General-Information/Financials
La lettre 2015 de la Fondation, en français :
http://www.gatesnotes.com/2015-annual-letter?WT.mc_id=01_21_2015_DO_com_domain_0_00&lang=fr&page=0
La vision de Bill et Melinda pour 2030, en anglais :
http://www.cnn.com/2015/01/21/opinion/bill-melinda-gates-our-bet-2030/index.html?iid=EL
Divers :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Bill_Gates
http://fr.wikipedia.org/wiki/Melinda_Gates
http://fr.wikipedia.org/wiki/Warren_Buffett
http://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_des_milliardaires_du_monde_en_2014
http://fr.wikipedia.org/wiki/Fondation_%28institution%29 (fonctionnement des fondations)
http://fr.wikipedia.org/wiki/501c (l’équivalent américain de la loi de 1901)
https://scholarships.gmsp.org/Program/Details/2bfd8f53-40aa-4705-9f8b-d92d972e59df (programme Gates d’aide aux étudiants)
http://www.lefigaro.fr/flash-eco/2014/05/03/97002-20140503FILWWW00038-microsoft-bill-gates-n-est-plus-1er-actionnaire.php
http://content.time.com/time/specials/packages/completelist/0,29569,1616375,00.html (grands philanthropes)
http://mashable.com/2014/01/22/open-letter-from-bill-gates/?utm_cid=mash-com-fb-main-link (sur le montant des aides dans le buget US)
Sur The Giving Pledge :
http://givingpledge.org/
http://fr.wikipedia.org/wiki/The_Giving_Pledge

Sur la banque mobile :
http://www.cgap.org/sites/default/files/Brief_bKash_Bangladesh_July_2014_French.pdf
http://blogs.lesechos.fr/paristech-review/banque-mobile-le-kenya-exportera-t-il-sa-revolution-en-inde-a14192.html
http://economie.jeuneafrique.com/regions/afrique-subsaharienne/22542-kenya-equity-bank-court-apres-largent-mobile.html
http://money.cnn.com/2015/01/22/investing/bill-gates-mobile-banking/index.html

Sur Bindeshwar Pathak :
http://www.invention-europe.com/Article626759.htm
http://www.developpementdurable.com/insolite/2009/08/A2735/les-toilettes-ecolos-une-initiative-indienne-durable.html
http://www.terraeco.net/En-Inde-des-toilettes-ecologiques,53360.html
http://www.journaldunet.com/economie/magazine/dossier/comment-faire-des-affaires-en-aidant-les-plus-pauvres/sulabh-international-des-latrines-qui-valent-de-l-or-en-inde.shtml
http://unlimited-projects.org/sulabh-international-social-service/
Le site de l’association Sulabh International : http://www.sulabhinternational.org/
Les intouchables : http://fr.wikipedia.org/wiki/Intouchable_%28Dalit%29
Une interview de Bindeshwar Pathak : https://www.youtube.com/watch?v=p2tquj3C9yE
La vidéo présente dans cet article : http://youtu.be/Co_-IdtXzvU

Sur Arunachalam Muruganantham :
http://www.slate.fr/life/84553/femmes-regles-inde-arunachalam-muruganantham
http://www.lemonde.fr/economie/article/2012/07/02/un-indien-cree-des-serviettes-low-cost-pour-ses-concitoyennes_1728091_3234.html
http://www.courrierinternational.com/article/2012/04/16/un-entrepreneur-au-service-des-femmes
http://www.amara.org/en/videos/vRlgmiIvSN9Y/fr/90260/?tab=subtitles
http://www.femina.ch/ma-vie/femmes/les-indiennes-lui-doivent-des-serviettes-hygieniques-bas-prix
http://www.lejournalinternational.fr/La-revolution-des-serviettes-hygieniques-se-propage-au-Nepal_a2405.html
La vidéo présente dans cet article : https://www.youtube.com/watch?v=2aAWvEFehB8
En anglais, un article très complet de la BBC (Arunachalam y raconte notamment avec humour les déboires de ses expérimentations) :
http://www.bbc.com/news/magazine-26260978

Sur la pyramide des besoins :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Pyramide_des_besoins

Sur Mère Teresa :
http://fr.wikipedia.org/wiki/M%C3%A8re_Teresa

 

 

« L’amour naît et vit dans le foyer. L’absence de cet amour dans les familles crée la souffrance et le malheur du monde aujourd’hui. Nous avons tous l’air pressé. Nous courons comme des fous après les progrès matériels ou les richesses. Nous n’avons plus le temps de bien vivre les uns avec les autres : les enfants n’ont plus de temps pour les parents, ni les parents pour les enfants, ni pour eux-mêmes. Si bien que c’est de la famille elle-même que provient la rupture de la paix du monde »
Mère Teresa 

1 comments
nafebu12
nafebu12

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